Jean Paul Dias : « Macky n’a pas tort de réclamer un troisième Mandat… »

Jean Paul Dias : « Macky n’a pas tort de réclamer un troisième Mandat… »

Jean Paul Dias

Invité de l’émission « objection » de la Sud-Fm, Jean Paul Dias a donné son avis par rapport au supposé troisième mandat de Macky Sall. Pour le centriste, seul le Président Sall peut clore le débat. « On a laissé le doute de l’époque Wade persister… », Regrette-t-il, précisant que ces juristes qui octroient au Président Sall le droit de réclamer un 3ème mandat « n’ont pas tort ». Il s’explique.

3ème mandat, le sujet qui fâche…

Le sujet du 3ème mandat fâche. Et pour cause Sory Kaba a été démis de ses fonctions justes après avoir affirmé que le président Macky Sall en était à son dernier mandat. De même, Moutapha Diakhaté qui, lui aussi, avait rejoint l’ancien Directeur général des sénégalais de l’extérieur dans ses propos. Même si certains leaders de l’Apr ont tenté de justifier ces destitutions par le fait que ces derniers, dans tous les cas, allaient être évincés.

3ème mandat, des cas d’exceptions en Afrique…

Selon Jean Paul Dia, « le débat sur le 3ème mandat n’est ni tabou ni criminel… Il y a eu des cas où le 3ème mandat s’est fait et a été accepté, ici en Afrique… Il y en a un pour qui ça s’est fait« , dit-il, citant l’exemple de Sam Nujoma qui, à la fin de son second mandat, a bénéficié de discussions pour lui permettre, « exceptionnellement » de faire un troisième mandat.

« Je crois même que la Constitution, à cet époque, a dû être remaniée en Namibie. Parce que Sam Nujoma était le leader militaire qui avait mené le pays à l’indépendance. Il a été admis qu’il puisse faire un troisième mandat. Donc, Sam Nujoma a été autorisé à faire un 3ème mandat… », Rappelle le Sg du Bloc des centristes gaïndé (Bcg). Un mandat de transition survenu dix ans après l’indépendance. Une exception concernant ce dernier.

Un autre exemple de président qui, cette fois-ci n’était pas « père de l’indépendance ». Le cas de Paul Kagamé du Rwanda. « Il est arrivé au pouvoir (les armes à la main). Par la suite, il a été admis qu’il puisse briguer un 3ème mandat. Je crois qu’il y a eu des modifications dans la Constitution de son pays… ». Sur ce, Dias estime que dans l’absolu, « il n’y a rien de scandaleux à parler de 3ème mandat ou à tenter d’obtenir un troisième mandat ».

3ème mandat, les Sénégalais dans l’incertitude…

Mais Jean Paul Dias estime que ce n’est pas le moment de lancer ce débat sur le troisième mandat, « c’était trop tôt » , admet-il, bien qu’on ne peut empêcher de débattre, « parce que les gens sont dans l’incertitude » . « De ce que j’entends, les gens ne sont pas favorables à un 3ème mandat au Sénégal. En Guinée, ils ne sont pas favorables, parce qu’ils le montrent et ça va trop loin. Mais au Sénégal, il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup de jeunes. Des gens qui ont 18, 20, 25 ans. Ceux-là ne sont pas favorables… », Analyse-t-il, pensant que seul l’intéressé peut éclairer notre lanterne. « Le président Macky Sall est le seul, aujourd’hui qui peut dire s’il veut aller à la recherche d’un 3ème mandat, s’il veut tenter un 3ème mandat ou pas… », Souligne-t-il.

Macky installe les Sénégalais dans le doute…

« Si le problème persiste c’est parce qu’il a pu dire des choses qui ne se sont pas traduites dans les faits. C’est-à-dire qu’il y a un doute par rapport à sa parole publique. N’oubliez pas ce qu’il avait dit juste après son arrivée au pouvoir. Il a dit des choses. Certaines étaient dans le programme, d’autres pas. Et ces choses ne se sont pas révélées dans la mise en œuvre », donne-t-il l’exemple du Gouvernement de 25 ministres mis en place par le président Sall. « Ce qui était dans le programme ‘Yoonu yokuté’, ça a été respecté au départ, mais ça n’a pas perduré… Ensuite il a juré sur le septennat et a promis le quinquennat », des choses qui ont fait que sa parole publique pose problème.

…Le cas Sory Kaba

« Donc, s’il a dit qu’il n’était pas intéressé par un troisième mandat, il y a des hasards qui font dire qu’il est intéressé. Parce que, quand quelqu’un dit, c’est le cas du directeur des Sénégalais de l’extérieur, il ne le fera pas et qu’ensuite cette personne se retrouve limogée, effectivement, rien n’empêche de penser que ces deux choses sont liées… Aujourd’hui, je ne vois pas comment il peut rattraper tout ça… D’abord il doit avoir une position claire pour arrêter le débat. Je ne dis pas d’aller jurer sur le Coran. Mais s’il y avait un premier ministre, par exemple, il aurait pu l’envoyer à l’Assemblée nationale lire une déclaration venant de lui disant qu’il ne ferait pas de troisième mandat », fait-il savoir.

En quoi le débat sur le 3ème mandat est gênant ?

Et concernant toujours le débat sur le 3ème mandat, il estime ne pas voir en quoi c’est gênant. Pour M. Dias, il faut laisser les gens en débattre. Ce qui, au moins, permettrait de clarifier certaines situations, « ce n’est pas un tabou, ni dans l’absolu, ni du point de vue démocratique (…) Moi, je pense qu’il faut laisser le débat se faire parce qu’il est déjà installé… » Ainsi, estime-t-il que pour que ce débat cesse, il faut des mesures fortes, des décisions fortes, par exemple dire : « moi je suis intéressé à aller à la recherche du troisième mandat, ça clôt le débat. Ou alors, je ne suis pas intéressé, ça clôt le débat. »

Toujours dans l’emprise de la Constitution de 2001

« Le passage (dans la Constitutions) qui règle cette affaire (de 3ème mandat), techniquement cet article (27) est mal écrit. On ne peut pas, dans un même article parlé du mandat, du nombre de mandat et de la durée du mandat. C’est mal écrit. Ça a été fait volontairement par des apprentis sorciers qui étaient, à l’époque à la solde de Wade. N’oubliez pas que nous sommes toujours sous l’emprise de la Constitution de 2001. Il n’y a pas de nouvelle Constitution. Ce qui s’est passé en 2016, c’est une modification de la Constitution. Et dans cette Constitution-là, il est dit que le mandat est de 5 ans. Le mandat est renouvelable une seule fois, nul ne peut faire deux mandats consécutifs. Mais dans le même article, ce n’est pas bien… » , regrette Jean Paul Dias.

Le flou dans la Constitution…

Sur ce, il estime qu’il fallait dire que « le mandat de 7 ans, en cours, dans des dispositions transitoires, que ce mandat-là compte. Dans le décompte des mandats, on ne l’a pas dit. Et les juristes qui vous disent que le président Macky Sall a le droit de réclamer un 3ème mandat, ils n’ont pas tort. Parce qu’ils peuvent vous dire que le mandat est de 5 ans (POINT). Le mandat ne peut être renouvelé qu’une seule fois, sous-entendu que le mandat de 7 ans ne compte pas.

Il poursuit : « Ils ont le droit de raisonner comme ça. Tout autant qu’on aurait dû dire que le mandat de 7 ans, par exemple dans des dispositions transitoires, fait partie des décomptes. On ne l’a pas dit. Ils ont fait exprès. Et maintenant, la discussion revient… De toute façon, rien ne nous empêche de modifier la Constitution maintenant et dire que le mandat, quel que soit sa durée, le mandat antérieur au mandat de 5 ans compte », impute-t-il la responsabilité à ceux qui ont rédigé ça ou qui ont maintenu ça ou, peut-être même ceux qui ont commandé que ce soit maintenu comme ça.

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